Entreprises en difficulté Mis à jour : août 2026 Lecture : 9 min
Sommaire de l'article
Report de la date de cessation des paiements : conditions, procédure et enjeux
La date de cessation des paiements n'est jamais définitive au jour du jugement d'ouverture d'un redressement ou d'une liquidation judiciaire. Fixée à titre provisoire, elle peut être reportée jusqu'à dix-huit mois en arrière par le tribunal, en application de l'article L. 631-8 du Code de commerce. Ce report étend la période suspecte et conditionne, depuis un revirement de 2026, la sanction du dirigeant.
ML
Me Marc Ladreit de LacharrièreAvocat associé · Barreau de Paris
La date de cessation des paiements, fixée à titre provisoire lors du jugement d'ouverture, peut être reportée par le tribunal jusqu'à dix-huit mois en arrière (art. L. 631-8 C. com.). Ce report allonge la période suspecte et expose davantage d'actes du dirigeant aux nullités. La demande obéit à des limites strictes : plafond de dix-huit mois, protection des conciliations homologuées et délai de forclusion d'un an. Seuls l'administrateur, le mandataire judiciaire et le ministère public peuvent agir. Depuis un revirement de 2026, la sanction du dirigeant pour retard de déclaration s'apprécie exclusivement au regard de cette date. Le cabinet LLA Avocats, au 30 rue de Miromesnil (Paris 8ᵉ), accompagne dirigeants, mandataires et créanciers sur l'ensemble de ces enjeux.
" « Le report de la date de cessation des paiements n'est jamais anodin : chaque mois gagné ou perdu déplace la frontière de la période suspecte et, depuis 2026, celle du risque de sanction du dirigeant. C'est un contentieux qui se prépare avec les pièces comptables, en amont. »
L'essentiel à savoir
La cessation des paiements : rappel de la notion
L'article L. 631-1 du Code de commerce définit la cessation des paiements comme l'état du débiteur dans l'impossibilité de faire face au passif exigible avec son actif disponible.
La loi tempère toutefois cette définition. Le débiteur n'est pas en cessation des paiements s'il dispose de réserves de crédit ou de moratoires consentis par ses créanciers lui permettant de faire face à son passif exigible.
Pour l'entrepreneur individuel, cette appréciation se fait, le cas échéant, sur le seul patrimoine professionnel affecté à l'activité. Cette notion constitue le pivot de l'ensemble du droit des entreprises en difficulté : c'est elle qui déclenche l'obligation de déclaration du dirigeant (voir : Délai de déclaration de la cessation des paiements) et qui sert de point de départ à la période suspecte.
La fixation initiale : une date jamais figée
Date fixée expressément
Le tribunal fixe la date au jugement d'ouverture, après avoir recueilli les observations du débiteur.
À défaut de mention
La cessation des paiements est réputée intervenue à la date du jugement d'ouverture lui-même.
Les points clés de la notion
Passif exigible / actif disponible — c'est leur confrontation qui caractérise l'état de cessation.
Réserves de crédit — un moratoire ou une réserve écarte la cessation des paiements.
Entrepreneur individuel — appréciation sur le seul patrimoine professionnel affecté.
Obligation de déclaration — la notion déclenche le devoir de déclarer à la charge du dirigeant.
Point de départ — elle sert de base de calcul à la période suspecte.
Point de vigilance : le dirigeant doit déclarer la cessation des paiements dans un délai de 45 jours. Passé ce délai, le retard peut être sanctionné au titre de la faute de gestion.
Le report de la date de cessation des paiements obéit à un cadre strict fixé par l'article L. 631-8 du Code de commerce. Quatre bornes encadrent la décision du tribunal.
Sur le plan probatoire, la Cour de cassation exige une rigueur particulière : les juges du fond ne peuvent reporter la date sans caractériser précisément l'actif disponible et le passif exigible à la date retenue, ni se fonder sur des éléments non contemporains de cette date, sous peine de priver leur décision de base légale.
Saisis de demandes divergentes, les juges ne sont pas liés par les propositions des parties et peuvent souverainement retenir une date intermédiaire. La charge de la preuve de l'existence de réserves de crédit pèse sur celui qui s'en prévaut.
La date reportée ne peut jamais être antérieure de plus de dix-huit mois à la date du jugement d'ouverture, quelle que soit la gravité de la situation financière constatée.
02⚠ 1 an pour agir
Délai de forclusion
La demande de report doit impérativement être présentée dans le délai d'un an à compter du jugement d'ouverture, sous peine d'irrecevabilité.
03Conciliation protégée
Limite en cas de conciliation homologuée
Sauf fraude, la date ne peut être reportée avant la décision définitive ayant homologué un accord amiable de conciliation — ce mécanisme protège les accords loyalement négociés.
04Garantie procédurale
Contradictoire garanti
Le tribunal statue après avoir entendu ou dûment appelé le débiteur : aucune décision de report ne peut intervenir sans respect du contradictoire.
Qui a la main ?
Qui peut demander le report ? Qui ne le peut pas ?
L'action en report de la date de cessation des paiements est réservée à un cercle restreint d'acteurs.
Le tribunal ne peut jamais se saisir d'office. Le débiteur, s'il ne peut demander le report à titre principal, conserve un droit propre pour se défendre face à une demande de report formée contre lui ; en revanche, il n'a pas qualité pour interjeter un appel principal contre un jugement ayant rejeté une demande de report (Cass. com., 5 oct. 2022, n° 21-12.250).
Le tribunal ne peut jamais se saisir d'office d'une demande de report : il faut nécessairement qu'un acteur habilité en prenne l'initiative.
01
Les organes de la procédure
Ont qualité pour agir
Seuls l'administrateur judiciaire, le mandataire judiciaire (ou liquidateur) et le ministère public ont qualité pour agir en report de la date de cessation des paiements.
02
Le débiteur (dirigeant)
Défense uniquement
Il ne peut pas demander le report à titre principal, mais il conserve un droit propre pour se défendre face à une demande formée contre lui. Il n'a pas qualité pour interjeter un appel principal contre un jugement ayant rejeté une demande de report.
Un créancier isolé ne peut pas agir personnellement : il doit solliciter les organes de la procédure pour qu'une demande de report soit présentée au tribunal.
04
Le tribunal
Jamais d'office
Le tribunal ne peut jamais se saisir d'office : il ne peut statuer sur un report que s'il est saisi par un acteur habilité.
L'enjeu majeur
L'extension de la période suspecte et les nullités
Le report de la date de cessation des paiements a un effet mécanique majeur : il allonge la période suspecte, c'est-à-dire l'intervalle compris entre la date de cessation des paiements (rétroactivement fixée) et le jugement d'ouverture.
Date reportée (jusqu'à -18 mois)Date initialeJugement d'ouverture
Plus la période suspecte est longue, plus le nombre d'actes susceptibles d'être remis en cause augmente.
Nullité facultative d'un paiement pour dette échue
Encore faut-il prouver que le créancier avait connaissance de l'état de cessation des paiements du débiteur au moment où il a été payé, appréciée souverainement par les juges à l'aide d'un faisceau d'indices.
Lorsque la nullité est prononcée, le créancier doit restituer les fonds à la procédure ; cette créance de restitution est indisponible, de sorte que le créancier ne peut invoquer aucune compensation avec une autre créance, même née postérieurement et certaine, liquide et exigible.
Seuls les mandataires de justice et le ministère public ont qualité pour agir en nullité de la période suspecte : un tiers intéressé, tel que l'AGS, ne peut invoquer cette nullité.
Un revirement majeur en 2026 : la sécurisation du dirigeant
Un revirement significatif intervenu en 2026 vient sécuriser la situation du dirigeant. Jusqu'alors, l'appréciation du retard de déclaration de la cessation des paiements — sanctionné au titre de la faute de gestion (voir : Retard de déclaration et faute de gestion) — pouvait reposer sur une date distincte de celle retenue pour la période suspecte, source d'insécurité juridique.
Avant le revirement
Les juges pouvaient retenir, pour sanctionner le dirigeant, une date fictive ou différente de celle officiellement fixée pour déterminer la période suspecte.
Depuis 2026
Le retard s'apprécie exclusivement au regard de la seule date de cessation des paiements fixée par le jugement d'ouverture ou par un jugement de report.
La Cour de cassation a jugé que l'omission de déclaration dans le délai légal de quarante-cinq jours (voir : Délai de déclaration de la cessation des paiements) s'apprécie exclusivement au regard de la seule date de cessation des paiements fixée par le jugement d'ouverture ou par un jugement de report.
Déterminer la date réelle de cessation des paiements à partir des pièces comptables (état de l'actif disponible, du passif exigible, des échéances impayées) et anticiper le risque de report.
Pièces comptablesActif / passif
02
Dans la procédure
Contester une demande de report formulée par l'administrateur, le mandataire ou le ministère public, ou au contraire solliciter ce report lorsque l'intérêt du client (mandataire, créancier représenté) le commande.
Contester le reportSolliciter le report
03
En aval
Sécuriser les actes passés en période suspecte ou, à l'inverse, agir en nullité de ces actes pour le compte de la procédure.
Sécuriser les actesAgir en nullité
04
La défense du dirigeant
Contre une action en responsabilité pour insuffisance d'actif ou pour retard de déclaration, en tenant compte du revirement de 2026 exposé ci-dessus.
Insuffisance d'actifRetard de déclarationRevirement 2026
FAQ
Questions fréquentes sur le report de la date de cessation des paiements
01La date de cessation des paiements peut-elle être reportée indéfiniment dans le temps ?
Non. Le report ne peut jamais conduire à fixer une date antérieure de plus de dix-huit mois à la date du jugement d'ouverture (C. com., art. L. 631-8).
02Un créancier peut-il demander lui-même le report de la date de cessation des paiements ?
Non. Seuls l'administrateur judiciaire, le mandataire judiciaire (ou liquidateur) et le ministère public ont qualité pour agir ; un créancier isolé doit solliciter les organes de la procédure.
03Le dirigeant peut-il contester une demande de report ?
Oui, il dispose d'un droit propre pour se défendre, mais il ne peut pas former une demande de report à titre principal ni interjeter appel principal d'un jugement de rejet (Cass. com., 5 oct. 2022, n° 21-12.250).
04Quel est le délai pour agir en report de la date de cessation des paiements ?
La demande doit être présentée dans le délai d'un an à compter du jugement d'ouverture de la procédure (C. com., art. L. 631-8).
05Le report de la date a-t-il une incidence sur la sanction du dirigeant pour retard de déclaration ?
Oui, et de manière décisive depuis 2026 : cette sanction s'apprécie désormais exclusivement au regard de la date fixée par le jugement d'ouverture ou de report (Cass. com., 15 avr. 2026, n° 24-13.960, à consulter sur le site officiel de la Cour de cassation).
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