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Droit de retrait d’un associé de SCI : procédure, justes motifs et remboursement des parts
En bref : Un associé de SCI peut se retirer de la société dans trois cas : si les statuts le prévoient, avec l’accord unanime des autres associés, ou sur autorisation judiciaire pour « justes motifs » (article 1869 du Code civil). Le divorce, la privation du droit de vote ou l’abus de majorité constituent des justes motifs reconnus par la jurisprudence. L’associé sortant a droit au remboursement de la valeur de ses parts, fixée par accord ou par expert judiciaire (article 1843-4 du Code civil). Le cabinet LLA Avocats accompagne les associés de SCI à Paris dans l’exercice de ce droit.
Lorsqu’un conflit entre associés rend la cogestion d’une SCI impossible, le droit de retrait constitue souvent la solution la plus pragmatique. Il permet à l’associé de sortir de la société et d’obtenir le remboursement de ses parts, sans nécessiter la dissolution de la SCI ni l’accord de l’associé avec lequel le différend existe.
En pratique, c’est un mécanisme que nous utilisons fréquemment chez LLA Avocats, notamment dans les SCI familiales où un divorce ou une séparation rend la situation intenable.
Les trois voies du retrait : article 1869 du Code civil
L’article 1869 du Code civil prévoit qu’un associé peut se retirer totalement ou partiellement d’une SCI selon trois modalités :
1. Le retrait statutaire
Si les statuts de la SCI prévoient les conditions du retrait, l’associé doit s’y conformer. Les statuts bien rédigés précisent la procédure de notification, le délai de préavis, la méthode d’évaluation des parts et les modalités de remboursement. C’est le cas le plus simple — et c’est pourquoi la rédaction initiale des statuts par un avocat est déterminante pour éviter les blocages ultérieurs.
2. L’autorisation unanime des associés
En l’absence de clause statutaire, le retrait requiert une délibération unanime des autres associés. En situation de conflit, cette unanimité est souvent impossible à obtenir : l’associé avec lequel le différend existe refuse logiquement d’autoriser le retrait, soit par volonté de blocage, soit par désaccord sur le prix des parts.
3. L’autorisation judiciaire pour « justes motifs »
Lorsque les deux premières voies sont fermées, l’associé peut saisir le tribunal judiciaire pour obtenir une autorisation de retrait pour justes motifs. Le juge apprécie souverainement si le motif invoqué est suffisamment sérieux pour justifier le retrait forcé.
Quels sont les « justes motifs » reconnus par la jurisprudence ?
La notion de « justes motifs » n’est pas définie par la loi. C’est la jurisprudence qui en a progressivement dessiné les contours. Sont reconnus comme justes motifs :
- Le divorce ou la séparation des associés — La Cour de cassation (Civ. 3e, 11 février 2014, n° 13-11.197) a jugé que le divorce d’époux associés à 50/50 dans une SCI entraîne la disparition de l’affectio societatis, ce qui constitue un juste motif de retrait.
- La privation du droit de vote — Un associé systématiquement empêché de participer aux décisions collectives peut invoquer cette privation comme juste motif.
- L’absence de communication des informations — Le refus du gérant de transmettre les documents comptables auxquels l’associé a droit constitue un juste motif.
- L’abus de majorité — Des décisions prises systématiquement au détriment de l’associé minoritaire justifient le retrait.
- La disparition de l’affectio societatis — Plus largement, toute situation rendant impossible la poursuite de la collaboration entre associés.
Cas pratique : retrait après séparation d’un couple pacsé
Monsieur L. et Madame A. se pacsent en 2018. En 2019, ils créent une SCI à 50/50 pour acquérir un appartement, financé à 80 % par emprunt bancaire. En 2020, le couple se sépare. Monsieur L. quitte l’appartement et souhaite vendre ses parts. Madame A. refuse. Monsieur L. peut alors exercer son droit de retrait sur le fondement de l’article 1869 du Code civil, en invoquant la disparition de l’affectio societatis comme juste motif — conformément à la jurisprudence de 2014 sur le divorce.
Ce type de situation est l’un des cas les plus fréquents que nous traitons au cabinet. L’enjeu principal est souvent l’évaluation du prix des parts, qui dépend de la valeur du bien immobilier diminuée de l’emprunt restant dû.
Que faire si le gérant refuse ou ne répond pas ?
En cas de refus ou de silence du gérant face à la demande de retrait, l’associé dispose d’un recours judiciaire. La Cour de cassation (arrêt du 27 juin 1998) a précisé la procédure : à l’expiration d’un délai d’un mois sans réponse, l’associé peut saisir le juge pour qu’il désigne un mandataire chargé de convoquer une assemblée générale et de provoquer la délibération des associés sur le retrait.
Si les associés votent contre le retrait malgré l’existence de justes motifs, le juge peut contraindre la société à autoriser le retrait et à procéder au remboursement des parts.
Comment est calculé le remboursement des parts ?
Évaluation du prix
L’associé sortant a droit au remboursement de la valeur de ses droits sociaux. Le prix est déterminé selon une séquence précise :
Accord amiable — Les associés fixent ensemble la valeur des parts. L’associé sortant fait une proposition sur la base d’une estimation (valeur du patrimoine immobilier de la SCI, diminuée des dettes). Si les autres associés acceptent, le processus de retrait s’engage immédiatement.
Expertise judiciaire — En cas de désaccord, un expert est désigné conformément à l’article 1843-4 du Code civil. L’expert peut être choisi d’un commun accord ou désigné par ordonnance du président du tribunal judiciaire statuant en référé. Sa décision s’impose aux parties et n’est pas susceptible de recours.
Modalités de remboursement
Le remboursement peut prendre trois formes :
- Versement d’une somme d’argent — la modalité la plus courante
- Reprise de l’apport en nature — si l’associé avait apporté un bien à la SCI et que ce bien se retrouve encore dans le patrimoine social
- Attribution d’un autre bien — sur décision unanime des associés
En pratique, lorsque la SCI ne dispose pas de la trésorerie nécessaire au remboursement, il faudra envisager soit la vente du bien immobilier, soit un emprunt contracté par la SCI, soit le rachat des parts par les associés restants sur leurs fonds propres.
Formalités obligatoires après le retrait
Le retrait d’un associé entraîne une réduction du capital social de la SCI. Les formalités suivantes sont obligatoires :
- Acte notarié ou sous seing privé constatant le retrait et la réduction de capital
- Enregistrement auprès de la recette des impôts dans un délai d’un mois à compter de la décision de retrait
- Modification des statuts pour refléter la nouvelle répartition du capital
- Publication d’un avis de modification dans un journal d’annonces légales
- Dépôt au greffe du tribunal de commerce des statuts modifiés
FAQ — Droit de retrait d’un associé de SCI
Mon associé refuse mon retrait et les statuts ne prévoient rien. Que faire ?
Vous pouvez saisir le tribunal judiciaire pour obtenir une autorisation de retrait pour « justes motifs » sur le fondement de l’article 1869 du Code civil. Le juge appréciera si votre motif (divorce, privation de droits, abus de majorité) justifie le retrait. L’assistance d’un avocat spécialisé en conflit d’associés est indispensable pour constituer le dossier.
Combien de temps dure la procédure de retrait judiciaire ?
La procédure varie selon la complexité du dossier. En référé (désignation d’un mandataire ou d’un expert), une ordonnance peut être obtenue en 2 à 4 mois. Si une procédure au fond est nécessaire (contestation sur les justes motifs), il faut compter 12 à 18 mois devant le tribunal judiciaire de Paris.
L’expert fixe un prix que je conteste. Ai-je un recours ?
Non. Lorsque l’expert est désigné sur le fondement de l’article 1843-4 du Code civil, son évaluation s’impose aux parties et n’est pas susceptible de recours, sauf en cas d’erreur grossière. C’est pourquoi il est essentiel de préparer soigneusement la phase d’expertise en fournissant à l’expert toutes les pièces justificatives (estimation immobilière, état des dettes, comptes annuels).
Le retrait entraîne-t-il la dissolution de la SCI ?
Pas nécessairement. Le retrait d’un associé entraîne une réduction de capital, pas la dissolution. En revanche, si la SCI ne compte que deux associés et que l’un se retire, la société se retrouve avec un associé unique. Elle dispose alors d’un an pour régulariser la situation (trouver un nouvel associé ou transformer la société), faute de quoi tout intéressé peut demander sa dissolution.
Vous souhaitez exercer votre droit de retrait d’une SCI ?
Me Marc Ladreit de Lacharrière et l’équipe de LLA Avocats vous accompagnent dans chaque étape : constitution du dossier, négociation du prix des parts, saisine du tribunal, désignation de l’expert et formalités de sortie.
01 86 95 83 98
Cabinet LLA Avocats — 30 rue de Miromesnil, 75008 Paris



